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LIBERATION-A Cannes, Seules les femmes s’interrogent sur la place des femmes au cinéma

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A CANNES, SEULES LES FEMMES S’INTERROGENT SUR LA PLACE DES FEMMES AU CINÉMA

Par Johanna Luyssen

Pour la deuxième année consécutive, la série de conférences «Women in Motion» s’intéresse au statut des femmes dans l’industrie du cinéma. Dommage que l’ensemble frise la réunion non-mixte.

Susan Sarandon et Geena Davies, à Cannes, le 15 mai 2016. Courtesy «Women in motion»

Dimanche 14 heures, une suite au Majestic. Les haut-parleurs diffusent une version bossa de Boys Don’t Cry. C’est la deuxième année consécutive que se tient la série de conférences «Women in Motion», destinées à interroger la place des femmes dans l’industrie du cinéma, sous le haut patronage du groupe de marques de luxe Kering. L’an dernier, Agnès Varda, Frances McDormand ou Salma Hayek-Pinault en étaient les invitées. Rappelons que selon une récente étude du European Women’s Audiovisual Network, environ 28 % des réalisateurs français sont des réalisatrices –  à peu près le même pourcentage que celui des femmes à l’Assemblée nationale.

On s’attend à une sorte de version Chopard de la commission féministe de Nuit debout. On poireaute, il fait chaud, mais à l’entrée, on nous a distribué de la lecture, des brochures fort instructives, dressant un état des lieux accablant sur les femmes et le cinéma (dans le paragraphe réservé à l’engagement féministe de Kering, que «les femmes représentent approximativement 80% de [leur] clientèle mondiale»). La première conférence débute. La vedette du jour, c’est Juliette Binoche, qui a annoncé, ce printemps, la création d’une société de production «féministe» à but non-lucratif, We Do It Together. Les anecdotes s’enchaînent. «Je me souviens de cette conversation avec Spielberg, où je lui disais “mais pourquoi ne faites-vous pas des films avec des femmes ?” Il m’a répondu qu’il en avait fait, mais au début de sa carrière.»

Réunion non-mixte

Toujours le même constat  : trop peu de réalisatrices ; des femmes trop peu représentées à l’écran ; trop de stéréotypes… Au-delà de la création de We Do It Together, la question du «comment» sera relativement peu abordée. Aux côtés de Binoche, Chiara Tilesi, productrice italienne et fondatrice de We Do it Together, la productrice française Marianne Slot et la réalisatrice mexicaine Patricia Riggen. Toutes insistent sur l’importance de créer un système «autosuffisant» (Chiara Tilesi), de «se rassembler et faire bouger les choses» (Binoche). «On pourrait dresser la liste noire des chaînes qui n’embauchent pas de femmes, explique Riggen.Elles se justifient en disant que les femmes n’auraient pas assez d’expérience, mais à chaque fois qu’on embauche de nouvelles têtes, le ratio de femmes demeure très bas

On enchaîne avec la deuxième conférence  : Susan Sarandon et Geena Davis. On ne compte plus les engagements de Sarandon ; sa partenaire, elle, a créé en 2004 une fondation sur les questions de genre. Le ton est caustique, les anecdotes sur ce «buddy movie» féministe qu’est Thelma et Louise pleuvent, la salle roucoule. On parle d’inégalités salariales (Sarandon l’oscarisée en a été victime comme les autres). Davis embraye sur la genèse des rôles de cinéma  : «Les réalisateurs doivent comprendre qu’au moment où ils imaginent un rôle, il puisse être incarné par une femme», rappelant qu’initialement dans Alien, le rôle de Ripley devait être joué par un homme.

La comédienne se désole que les questions concernant les femmes ne semblent encore intéresser que ces dernières. On regarde autour de soi : c’est vrai qu’on frôle la réunion non-mixte. Enfin, si, il y a par exemple ce type, qui, une heure et demie auparavant, pendant la conférence de Binoche, a pris le micro pour lui demander comment elle avait réussi à concilier sa vie familiale avec une carrière hollywoodienne.

Johanna Luyssen